Abbas F. Al-Ali
1957 - Present
Abbas F. Al-Ali appartient au petit cercle d'ingénieurs et de chercheurs dont le travail cadre le Hajj comme un problème de mouvement humain, et non simplement de piété. Ses recherches sur le comportement des foules et la sécurité des rassemblements de masse l'ont placé au sein de l'effort technique plus large visant à comprendre comment les rituels peuvent devenir dangereux lorsque la densité, le timing et la conception des itinéraires interagissent mal. Dans une catastrophe comme celle de Mina, ce type d'expertise est crucial car le mécanisme de destruction est souvent invisible jusqu'à ce qu'il soit trop tard : pression, et non violence au sens ordinaire ; compression, et non panique au sens cinématographique.
La valeur d'Al-Ali en tant que figure dans cette histoire réside dans la perspective qu'il représente. L'écrasement de 2015 a contraint le public à confronter la différence entre la gestion d'une foule et la gestion d'un système complexe et dynamique. Des ingénieurs et des scientifiques avaient déjà documenté la rapidité avec laquelle les flux piétonniers peuvent échouer lorsque deux courants se rencontrent de front ou lorsqu'une sortie devient un goulet d'étranglement. Le domaine d'Al-Ali insistait sur le fait que ce ne sont pas des mystères après coup. Ce sont des conditions mesurables, avec des seuils connus et des dangers connus.
Cette perspective scientifique est importante car la catastrophe de Mina a souvent été interprétée comme un échec moral uniquement—obéissance contre désobéissance, discipline contre désordre. La recherche sur les foules complique cette vision. Elle montre que même les foules conformes peuvent s'effondrer lorsque la géométrie du mouvement est erronée. Le comportement d'une foule change à haute densité ; les gens ne peuvent plus choisir librement une fois qu'ils sont entassés épaule contre épaule. Le domaine d'Al-Ali aide à expliquer pourquoi le Hajj est si difficile à sécuriser et pourquoi la planification des itinéraires ne peut jamais se réduire à de la signalisation.
Il est inclus ici non pas parce qu'il a causé la catastrophe, mais parce que la catastrophe a rendu son type de connaissance inévitable. Dans la foulée, la recherche sur la sécurité des foules est devenue une partie plus importante des discussions sur la planification future du Hajj. L'héritage de son domaine est l'insistance obstinée sur le fait que la tragédie de masse peut être étudiée, modélisée et atténuée—mais pas si ses leçons sont réduites à des slogans. L'écrasement de Mina était une étude de cas exactement dans le type de physique dont les scientifiques des foules mettent en garde : lorsque les corps ne peuvent plus se déplacer indépendamment, la foule elle-même devient la force.
Dans une histoire documentaire de Mina, Al-Ali représente la conscience d'ingénieur qui essaie de lire l'avertissement avant que le nombre de victimes ne le fasse. Cette conscience n'est pas une garantie de sécurité. Mais sans elle, le prochain pèlerinage commence avec moins de compréhension que le précédent.
