Carlos A. Santos-Burgoa
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Carlos A. Santos-Burgoa est devenu central dans l'histoire de l'ouragan Maria non pas parce qu'il a poursuivi la tempête, mais parce qu'il a aidé à compter ce que la tempête avait fait après que le vent se soit calmé. En tant que chercheur en santé publique impliqué dans l'étude de l'Université George Washington commandée par le gouvernement portoricain, il a travaillé sur l'analyse de la mortalité excédentaire qui a transformé Maria d'une tempête associée à quelques dizaines de décès officiels en une catastrophe comprise comme ayant coûté des milliers de vies.
Ce travail l'a placé dans une position moralement difficile : ni activiste ni bureaucrate, mais quelque chose entre les deux. Il devait traduire la souffrance en catégories épidémiologiques, ce qui signifiait faire des jugements sur l'incertitude, le retard et la causalité qui seraient inévitablement contestés. La tâche exigeait la prudence d'un scientifique et le courage d'un intellectuel public. Elle nécessitait également une volonté d'accepter que les chiffres, aussi froids qu'ils puissent paraître, pourraient être le seul langage suffisamment puissant pour percer la minimisation politique. En ce sens, son rôle n'était pas simplement technique. Il était correctif, presque accusatoire. Il aidait à construire un dossier qui pourrait survivre au déni.
L'importance publique de Santos-Burgoa réside dans le fait que l'étude ne dépendait pas d'une seule anecdote choquante. Elle dépendait de modèles : mortalité attendue contre mortalité observée, décès retardés par des coupures de courant, effondrement de l'accès médical, et échec des systèmes de transport et de communication. Cette méthode rendait la catastrophe lisible, mais elle exposait également une vérité plus profonde sur son travail. Il ne se contentait pas de compter les morts ; il décidait comment la société devait les reconnaître. Le cadre des décès excédentaires insistait sur le fait que les pertes indirectes n'étaient pas des pertes moindres. Pour les familles qui ont vu des proches se détériorer sans électricité pour les machines à oxygène, la réfrigération, la dialyse ou le transport d'urgence, la distinction entre décès « direct » et « indirect » pouvait sembler une insulte. L'analyse de Santos-Burgoa a aidé à transformer ce ressentiment vécu en preuve publique.
Le fardeau psychologique d'un tel travail est facile à négliger. Un chercheur dans sa position doit maintenir un détachement professionnel tout en confrontant le chagrin d'une population à grande échelle. Il devait absorber le fait que chaque choix méthodologique aurait des conséquences politiques, et chaque conclusion serait lue non seulement comme de la science mais comme une accusation. Cette pression créait une contradiction au centre de sa persona publique : l'expert calme et empirique contre l'homme participant à un débat sur la question de savoir si un gouvernement avait échoué à protéger son peuple. Plus il apparaissait objectif, plus les implications devenaient fortes.
Né au Mexique, Santos-Burgoa a apporté à Porto Rico une sensibilité épidémiologique façonnée par la santé publique plutôt que par le sentiment. Son travail sur Maria a lié la mesure à la mémoire civique, mais il a également eu un coût. Pour les survivants, l'étude confirmait ce qu'ils savaient déjà et devaient vivre ; pour les responsables et les institutions, elle a éliminé l'ambiguïté commode. Pour Santos-Burgoa lui-même, le coût était d'habiter un rôle où les morts ne pouvaient pas être restaurés, seulement correctement comptés. Dans des catastrophes comme Maria, ce n'est pas un acte mineur. C'est une forme de jugement, et un jugement qui survit à la tempête.
