Friedrich Petersen
1890 - 1958
Friedrich Petersen, le capitaine du Wilhelm Gustloff lors de son dernier voyage, occupe une place difficile dans les archives car le commandement en mer concentre la responsabilité tout en laissant peu de place à la certitude. Il était l'officier sur le pont duquel le navire d'évacuation est parti dans l'obscurité de la guerre, transportant des civils, du personnel naval et le fardeau accumulé d'un front est en effondrement. Dans une catastrophe de cette ampleur, aucun homme seul ne peut être tenu pour responsable, pourtant les décisions du capitaine restent centrales pour comprendre comment le voyage s'est déroulé.
Le monde professionnel de Petersen était celui de la navigation, du timing et de la gestion des risques. Au moment de la traversée de janvier 1945, ces compétences étaient appliquées à un navire qui avait été réaffecté au-delà de sa conception initiale et pressé dans un devoir d'évacuation d'urgence. Le navire devait être déplacé à travers des eaux froides et dangereuses sous des contraintes de guerre. Le commandement dans de telles circonstances signifiait équilibrer la nécessité de préserver une route avec la connaissance que chaque heure en mer comportait un risque.
Il est né en 1890 et est mort en 1958. Cette durée de vie a traversé l'ère de la navigation impériale, la transformation interguerres des navires de passagers, et la guerre totale qui a consumé la Baltique en 1945. Le nom de Petersen perdure car il se tenait à la barre d'un navire dont l'échelle rendait ses choix visibles pour l'histoire. Pourtant, le dossier historique est façonné autant par ce qu'il ne pouvait pas contrôler que par ce qu'il pouvait.
Le contexte le plus important pour Petersen est le navire lui-même : surpeuplé, dans des conditions de guerre, et naviguant avec un mélange de réfugiés et de personnel militaire. Un capitaine peut tenter de préserver l'ordre, mais sur un navire où la charge humaine dépasse de loin la capacité normale, la marge de manœuvre pour le commandement s'effondre rapidement. Sa responsabilité était réelle, mais il en était de même pour la plus grande machinerie d'évacuation qui le plaçait dans des conditions impossibles.
L'héritage de Petersen n'est donc pas celui d'un coupable unique mais d'un officier pris à l'intersection des limites de conception, de la désespérance en temps de guerre et de l'action ennemie. Il fait partie de la chaîne humaine qui a transformé un grand paquebot en un événement de pertes massives. Le bilan de son commandement est un rappel de plus que la catastrophe en mer ne naît que rarement d'une seule décision ; elle est généralement l'expression finale de nombreux échecs antérieurs.
