Giovanni Semenza
1913 - 2007
Giovanni Semenza occupe une place difficile dans l'histoire du Vajont : celle de l'ingénieur qui a travaillé à la frontière entre le calcul et le déni. En tant que membre de l'équipe d'ingénierie de la SADE, il a contribué à façonner la compréhension technique des risques liés au barrage et au réservoir. En théorie, cela ressemble au travail ordinaire des infrastructures : enquêtes, modèles, mesures et décisions cadrées comme une gestion de l'incertitude. Dans le cas du Vajont, cependant, le cadre d'ingénierie est devenu indissociable de la tragédie, car l'incertitude la plus conséquente concernait la montagne elle-même.
La pertinence de Semenza par rapport à la catastrophe ne réside pas simplement dans sa présence au sein du projet. C'est que son rôle professionnel incarnait la confiance de l'époque. Le développement hydroélectrique en Italie au milieu du siècle dépendait de spécialistes qui croyaient que la géologie pouvait être suffisamment bien interprétée pour permettre la poursuite de la construction, même dans des terrains difficiles. Cette croyance n'était pas irrationnelle dans tous les contextes. Les barrages fonctionnent, et les ingénieurs sauvent des vies grâce à la conception. Mais le Vajont a exposé la limite de la confiance selon laquelle la conception pouvait conquérir une pente instable en la mesurant plus soigneusement.
Le comportement du réservoir, le niveau d'eau changeant et l'instabilité de la pente documentée ont tous contraint les ingénieurs à un couloir d'options de plus en plus étroit. Des décisions qui auraient pu sembler incrémentales dans le bureau sont devenues, avec le recul, des actes ayant des conséquences catastrophiques. Le rôle de Semenza représente donc plus qu'une culpabilité personnelle. Il symbolise toute une culture professionnelle qui faisait davantage confiance aux instruments et aux modèles qu'au comportement évolutif de la colline.
Né en 1913 et décédé en 2007, Semenza a survécu à l'événement pendant des décennies, suffisamment longtemps pour que la signification historique de son travail soit débattue à maintes reprises dans des livres, des procès et des réévaluations techniques. Cette longévité est significative. Elle a signifié que la catastrophe n'est pas restée un moment clos, mais un verdict continu sur la manière dont le projet avait été conçu et géré. Sa carrière, vue à travers le prisme du Vajont, nous rappelle que l'histoire de l'ingénierie est souvent aussi l'histoire du jugement sous pression politique.
Écrire sur Semenza de manière juste, c'est éviter la caricature. Il n'était pas l'auteur de la montagne, et le glissement n'était pas un simple produit de la volonté d'un homme. Mais il n'était pas non plus un spectateur innocent. Il était l'un des agents humains par lesquels le risque a été traduit en opérations acceptables. Dans les archives du Vajont, cette traduction est l'échec central : le point où l'avertissement est devenu de la paperasse, et la paperasse est devenue la mort.
