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ScientifiquePhilosopher and public criticFrance

Voltaire

1694 - 1778

Voltaire n'était pas un sismologue, mais le tremblement de terre de Lisbonne en 1755 l'a plongé dans l'histoire des catastrophes en tant que l'un de ses témoins et procureurs les plus redoutables. Né François-Marie Arouet à Paris en 1694, il s'était déjà façonné en l'intellect public majeur de l'Europe au moment où la nouvelle de la catastrophe parvint jusqu'à lui. Il était un maître de l'indignation théâtrale, un écrivain qui comprenait que l'indignation morale pouvait être transformée en force littéraire. Lisbonne, dévastée le jour de la Toussaint par le feu, l'effondrement et le tsunami, lui offrait exactement la scène dont il avait besoin : une capitale dévote détruite alors que des fidèles étaient à l'église, des enfants ensevelis avec leurs parents, et aucun schéma providentiel facile capable de donner un sens au carnage.

Sa réponse n'était pas une enquête neutre mais une contre-attaque psychologique. Voltaire avait longtemps méfié des systèmes qui expliquaient la souffrance en la qualifiant de nécessaire. Le tremblement de terre confirmait son soupçon que l'optimisme philosophique—en particulier la doctrine associée à Leibniz et popularisée par la figure de Pangloss—n'était pas de la sagesse mais une fantaisie auto-protectrice. Il ne rejetait pas seulement la consolation abstraite ; il semblait personnellement offensé par celle-ci. Cette offense révèle quelque chose de central à son sujet : sous l'esprit et le vernis se cachait un homme intolérant aux explications humiliantes qui demandaient aux blessés d'accepter leur douleur comme faisant partie d'un bien caché.

Dans “Poème sur le désastre de Lisbonne” et plus tard dans Candide, il transforma le tremblement de terre en un argument contre la complaisance. Il n'offrait pas un compte rendu technique de la tectonique. Il offrait quelque chose de plus dévastateur pour son époque : l'insistance sur le fait que la souffrance humaine est réelle, excessive et moralement irréductible. “Quel crime, quel péché, ces jeunes cœurs avaient-ils conçu ?” demandait-il dans le poème, une ligne qui exposait le fossé entre les systèmes théologiques et l'angoisse vécue. Il ne défendait pas simplement les victimes ; il dénonçait les habitudes intellectuelles qui faisaient paraître leurs morts philosophiquement utiles.

Pourtant, la compassion publique de Voltaire était accompagnée de contradictions. Le champion de la tolérance pouvait être caustique, le critique de la cruauté pouvait être personnellement impitoyable, et le défenseur des opprimés pouvait également être un opérateur avisé dans les salons, les cours et les marchés de la réputation. Il utilisait la souffrance comme preuve, mais il l'utilisait aussi pour affiner sa propre autorité. Lisbonne devenait une scène sur laquelle il affichait le sérieux moral qui le rendait célèbre, et il savait comment transformer l'attention en influence.

Le coût de son intervention était double. Pour les survivants et les lecteurs, il aidait à déloger la fiction réconfortante selon laquelle la catastrophe devait toujours dissimuler un but bienveillant. Pour lui-même, il approfondissait un malaise de toute une vie : si le monde n'était pas ordonné vers la justice, alors les êtres humains étaient laissés avec des institutions fragiles, une raison limitée et une responsabilité sans garantie. Il mourut en 1778 en France, toujours célèbre, toujours combatif, et toujours attaché à la leçon que Lisbonne lui avait imposée. Le tremblement de terre demeurait dans l'imaginaire européen en partie parce que Voltaire refusait de laisser la philosophie détourner le regard des morts.

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